, Siegenthaler Michel

Interview de notre entraîneur juniors Bruno Fañanás

Malgré un agenda particulièrement chargé, Bruno a pris le temps de répondre à nos questions et partager son regard sur la récente participation à l’Eurockey ainsi que ses idées pour faire avancer notre sport en Suisse et sur la scène internationale.

Quel bilan tirez-vous de votre participation à l’Eurockey, aussi bien sur le plan sportif qu’humain ?

Avant de faire un retour sur notre prestation lors de l’Eurockey, je tiens à remercier chaleureusement toutes les personnes impliquées dans l’organisation de cet événement. Sans leur engagement et leur travail remarquable, cette expérience n’aurait tout simplement pas été possible. Grâce à eux, des centaines de jeunes talents européens repartent avec des souvenirs inoubliables, tant sur le plan sportif qu’humain.

De notre côté, Une réussite qui s’inscrit dans un projet de longue haleine. 

Concernant notre performance, elle est le fruit d’un projet initié il y a maintenant cinq ans par le club. Depuis, un travail de fond a été mené pour élever notre niveau de jeu et susciter l’envie chez de nombreux jeunes de pratiquer cette discipline exigeante. Ce que nous avons accompli aujourd’hui n’est que la partie visible de l’iceberg.

Depuis des années, nous œuvrons pour offrir à ces jeunes les moyens d’atteindre leur meilleur niveau. Ce chemin ne repose pas uniquement sur les ressources économiques, mais avant tout sur l’état d’esprit, l’engagement et les valeurs que nous transmettons au sein de notre structure.

Le sens de l’effort avant tout. 

Sans travail, il n’y a pas de résultat. Et même avec du travail, rien n’est garanti – mais cela ouvre des possibilités. Le sport nous apprend l’humilité : le résultat final ne dépend jamais uniquement de nous, mais aussi de l’adversaire.

C’est pourquoi la phrase “Si je veux, je peux” mérite d’être nuancée. Si deux équipes se disent cela avec la même conviction, l’une d’elles finira par perdre. Le sport, c’est aussi accepter cette réalité, et continuer à avancer malgré tout.

Quelles sont, selon vous, les principales limites du championnat actuel en Suisse pour former des joueurs réellement compétitifs au niveau international ?

Nous évoluons dans un championnat qui reste pauvre en termes de volume de compétition. Je prends souvent le même exemple : comment pouvons-nous espérer rivaliser avec des équipes qui disputent un à deux matchs chaque week-end, alors que notre calendrier est bien moins dense ?

C’est comme comparer deux chirurgiens : l’un étudie et opère régulièrement tout au long de l’année, l’autre ne fait qu’étudier sans jamais vraiment pratiquer. Inévitablement, celui qui pratique davantage développera plus d’expérience, de précision et de confiance. Il en va de même pour le sport : l’accumulation de matchs forge le niveau de jeu, l’intensité, et la capacité à s’adapter. Le niveau ne peut tout simplement pas être le même.

Quelles améliorations concrètes proposeriez-vous pour faire évoluer la structure du rink hockey jeunesse en Suisse ?

Constater ce qui ne fonctionne pas est facile. L’enjeu réside dans la capacité à proposer des solutions et à adopter une approche constructive.

Dans cette  démarche constructive, il serait intéressant de s’inspirer des bonnes pratiques mises en place dans les championnats voisins. Plusieurs pistes pourraient être envisagées pour enrichir notre structure actuelle :

  • Créer une Coupe de Suisse Jeunes pour les catégories U15 et U17, ouverte sur la base du volontariat aux clubs désireux d’augmenter leur volume de compétition. Cela offrirait une opportunité supplémentaire de se confronter à d’autres équipes dans un cadre stimulant.
  • Adapter les formats de championnat en U13 et U11, en proposant deux niveaux distincts : un niveau plus compétitif et un autre davantage orienté vers l’initiation. Cela permettrait à chaque jeune de jouer à un niveau adapté à son développement, sans découragement ni surclassement prématuré.
  • Dès les U11, appliquer les vraies règles du hockey, sur une piste aux dimensions standards, avec des vraies balles. Si une piste réduite peut être pertinente en U9, il est essentiel, dès les U11, d’habituer les enfants au jeu réel pour mieux préparer la suite de leur progression.
  •  Réfléchir à un nouveau format de match pour les U11, par exemple en jouant 3 mi-temps de 8 à 10 minutes, avec un système de score basé sur le nombre de tiers-temps gagnés plutôt que le nombre total de buts. Ce type de formule encourage l’engagement à chaque période et garde l’intérêt du match vivant jusqu’à la fin.

Ces idées ne sont pas nouvelles : elles existent et fonctionnent déjà dans plusieurs pays européens. Pourquoi ne pas les adapter à notre réalité en Suisse ?

Il ne s’agit pas de tout révolutionner, mais d’évoluer avec pour objectif commun de mieux former, mieux accompagner et mieux valoriser nos jeunes. 

Quel regard portez-vous sur les récents mouvements de fusions et de transferts chez les jeunes dans le rink hockey suisse ?

Cette année, nous observons certaines dynamiques dans le rink hockey suisse qui posent question quant à leur impact sur le développement global de notre sport.

Les fusions de clubs et les transferts de jeunes joueurs, souvent réalisés dans le seul objectif d’être plus compétitifs, soulèvent plusieurs préoccupations. D’un côté, ces choix contribuent à la disparition de certaines équipes dans nos championnats. De l’autre, ils faussent l’équilibre des compétitions en concentrant les talents dans quelques structures seulement.

Cela soulève une question de fond : est-ce vraiment la bonne direction pour faire progresser notre discipline dans son ensemble ?

Ne serait-il pas plus pertinent, dans certains cas, d’encourager le surclassement de jeunes joueurs motivés et prêts à relever le défi, afin de maintenir un plus grand nombre d’équipes engagées ? Cela permettrait de préserver la richesse du championnat, de garantir plus de temps de jeu pour tous, et de favoriser l’expérience terrain plutôt que la concentration des résultats.

Construire un championnat sain et formateur passe aussi par la diversité des équipes, la mise en valeur des efforts collectifs, et une vision à long terme du développement des jeunes.

Que retenez-vous de votre parcours dans ce tournoi international, et quelle vision portez-vous sur le développement du rink hockey à travers votre club ?

Cela fait maintenant deux années consécutives que nous participons à ce magnifique tournoi. On partait de loin, et on se retrouve face aux meilleurs équipes d’Europes. Bravo aux jeunes montreusiens pour leur parcours et leur dévouement pour progresser quotidiennement. Je suis très fier d’eux. 

Nous espérons pouvoir renouveler ce type de performance à l’avenir, mais au-delà des résultats, notre objectif reste le même : transmettre le plaisir du jeu, susciter l’envie de pratiquer notre discipline, et encourager chacun – joueurs, entraîneurs, bénévoles, supporters – à contribuer, directement ou indirectement, au développement du rink hockey.

Sans oublier d’être le plus compétitif pour atteindre les objectifs fixer par l’équipe en question. L’un n’empêche pas l’autre. 

Projets à venir? 

Une saison pleine de projets et de belles ambitions

Cette année s’annonce particulièrement riche pour notre club, avec de nombreux projets portés par l’énergie de nos jeunes, le soutien des familles, des bénévoles et l’implication précieuse de notre staff.

Pendant les fêtes de Noël, notre équipe U11 participera au tournoi international de Sitges, en Espagne — une superbe opportunité de vivre une expérience sportive et humaine en dehors de nos frontières.

Mais ce n’est pas tout : nous organiserons également un grand tournoi U17 à Montreux, en parallèle de la célèbre Coupe des Nations. Ce tournoi réunira de très belles équipes venues de toute l’Europe… et c’est avec fierté que nous vous annonçons, en avant-première, la présence confirmée de la sélection Porteña d’Argentine !

Ce projet ambitieux est né d’une volonté forte de nos jeunes joueurs, qui s’autofinancent leur participation avec l’aide précieuse des bénévoles du club.

Parmi les actions mises en place : un mois d’emballage de cadeaux à la Fnac de Montreux, pour récolter des fonds. C’est une belle preuve que, lorsqu’il y a de la volonté, de grandes choses peuvent se réaliser.

Tout au long de l’année, d’autres initiatives sont prévues pour compléter le financement. Au-delà du tournoi lui-même, c’est un véritable projet éducatif, qui responsabilise les jeunes et les rend acteurs de leur aventure.

Nous travaillons également sur d’autres expériences à l’étranger pour nos U15 et U20, afin de leur offrir des opportunités de progression dans des contextes enrichissants, tant sur le plan sportif qu’humain.

Ce sont des projets exigeants, qui demandent beaucoup d’investissement, mais j’ai la chance d’être entouré par un staff extraordinaire, un club qui soutient nos initiatives, et des parents toujours prêts à donner un coup de main.

Tout cela, avec un seul objectif : créer des souvenirs inoubliables pour nos jeunes, à travers le sport et les valeurs qu’il véhicule.

Pour conclure?

Je suis très fier du travail accompli ces cinq dernières années au côté du comité, du staff et de tous les bénévoles. 

Nous avons construit une ligne de travail claire, guidée par des objectifs à long terme, et nous sommes déterminés à poursuivre dans cette dynamique.

À travers notre club, nous voulons, humblement,  contribuer à faire grandir notre sport, tout en formant des jeunes sportifs responsables, porteurs de valeurs fortes.

Un grand merci pour les échanges Bruno, et bonne suite de saison !